Chers amis,

Denis Coutagne, écrivain, historien de l’art, conservateur en chef du patrimoine français et ancien conservateur du musée Granet, vous présente son dernier roman.

Permettez-moi cette communication.

« Fage-Editions » (maison d’édition installée à Lyon attentionnée aux ouvrages d’art  et d’histoire de l’art) a bien voulu prendre en charge l’édition de mon dernier roman

Le Journal romain de François-Marius Granet.

J’ai imaginé (il s’agit d’un roman) que le peintre Granet ait écrit  à Rome (où il vivait entre 1802 et 1830) son Journal.

 
Bien sûr l’une des questions majeures est de savoir pourquoi Granet, peintre,  a éprouvé le besoin d’écrire un « Journal ».

Il ne publie pas ce Journal, il ne le détruit pas, mais le rend inaccessible, caché dans un coffre à Subiaco. Les chances de le retrouver sont alors minimes… sauf qu’un jour un certain Matthieu Maulnois fait la découverte de ce manuscrit.

Ce « Journal », n’a-t-il qu’un intérêt documentaire et historique sur un peintre, certes qui a donné son nom au musée d’Aix, mais somme tout secondaire dans l’histoire de l’art  ?

Granet découvre en 1802 la Ville de Rome comme à l’abandon de  l’ Histoire. Il découvre une Ville qu’il espérait le « Centre des arts » : elle n’est que champs de ruines pour des archéologues encore passionnés  (cf. le Forum, le Colisée en 1802), que terre de méditation pour des écrivains de passage comme Goethe, Chateaubriand, Stendhal, de Staël…. Mais Rome reste Rome : Napoléon n’a d’autre ambition que d’y déloger le Pape et de s’y installer comme nouvel Empereur de l’Occident. Les marchands, les collectionneurs s’approprient les œuvres disponibles, les « ingénieur » restaurent les monuments  si romantiques sous les ronces. Timidement des peintres dont Granet, dont Ingres, reviennent et s’interrogent : est-il encore place pour la Peinture à Rome ? Est-il encore un sens à accorder à ces traditions multiséculaires dont Rome fut le témoin, puisque les dieux antiques y ont pris figure, puisque les héros de l’antiquité s’y sont illustrés,  puisque l’Église, sans sa catholicité, y installa son Siège Apostolique, non sans passer des milliers de commandes aux artistes dont Michel-Ange, Raphaël, mais aussi Bernin, Borromini. Granet constate que le Pape est enlevé à Fontainebleau, que David  a fait de Paris le lieu du Néo-Classicisme, que Rome a perdu son statut historique. Son inspiration est là.

Granet s’enfonce dans les cryptes souterraines  pour retrouver les fondations de Rome et s’échappent dans la campagne romaine pour apercevoir des horizons nouveau. Granet passent des moines assagis, vieillissant  dans leurs cloîtres aux  couchers de  soleil sur les monts albains. Picturalement il reprend à son compte l’histoire des peintres dans leur déréliction plus que des martyrs. Il ne donne du Christ, des saints aucune image, mais veut rappeler l’éclat de leur rayonnement dans la vie quotidienne, qu’elle soit celle de la liturgie ou des actes de miséricorde.

Paradoxal Granet qui par l’écriture de son « Journal » pressent que  des temps nouveau arrivent, que la peinture, après lui,  obéira  à d’autres enjeux ! Il sait ne pas être de ce nombre. Il sait n’être qu’un témoin de traces qui s’effacent, qu’un précurseur d’un art qui bouleversera les regards. Il défriche la voie, au lieu même où séculairement la beauté s’affichait avec majesté.

Le « Journal » de Granet pourrait alors ne pas être seulement le compte rendu, écrit par son auteur, d’une vie romaine,  mais reprendre l’interrogation d’Hölderlin : «… et pourquoi des poètes en ce temps de détresse ?». Denis Coutagne

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